Envoyer un collaborateur de São Paulo à Paris pour dix-huit mois, ou un ingénieur de Lyon à Rio pour une année, déclenche en même temps quatre régimes juridiques : le droit du travail, le droit de l'immigration, la sécurité sociale et l'impôt sur le revenu. Chacun a sa propre définition du détachement et ses propres délais. La plupart des difficultés tiennent au calendrier, et elles se préparent avant le départ.
Ce qu'est un détachement, et ce qui n'en est pas un
En droit du travail français, le salarié détaché est celui qui travaille habituellement pour un employeur établi hors de France et qui exécute son travail en France, à la demande de cet employeur, pendant une durée limitée (Code du travail, article L. 1261-3). Le contrat de travail d'origine subsiste pendant toute la mission (article L. 1262-1). Le détachement peut être réalisé pour l'exécution d'un contrat avec un client établi en France, entre établissements d'une même entreprise ou entre sociétés d'un même groupe, ou encore pour le compte de l'employeur sans client en France.
Le détachement s'oppose ainsi à l'expatriation au sens courant, où le salarié signe un contrat local avec l'entité d'accueil. Les deux formules sont légitimes ; elles n'ont ni le même coût ni les mêmes conséquences, et le choix entre elles est la première décision à prendre.
Une limite importante : l'employeur ne peut pas se prévaloir du détachement lorsque son activité en France est habituelle, stable et continue, ou lorsqu'il y recherche une clientèle ou y recrute des salariés (article L. 1262-3). Dans ce cas, il relève du Code du travail comme une entreprise établie en France.
Du Brésil vers la France : le droit du travail s'applique dès le premier jour
La déclaration préalable et le représentant en France
Avant le début de la mission, l'employeur brésilien adresse une déclaration de détachement à l'inspection du travail par le téléservice SIPSI et désigne un représentant sur le territoire national, chargé de la liaison avec les agents de contrôle (articles L. 1262-2-1 et R. 1263-4-1). La déclaration précise notamment la législation de sécurité sociale dont relève chaque salarié et la demande du formulaire correspondant (article R. 1263-3). Le manquement expose à une amende administrative d'au plus 4 000 € par salarié détaché, portée à 8 000 € en cas de réitération dans les deux ans, dans la limite de 500 000 € (article L. 1264-3).
Le socle de règles françaises garanties au salarié
Même sous contrat brésilien, le salarié détaché bénéficie de l'égalité de traitement avec les salariés des entreprises françaises de la même branche sur une liste de matières : rémunération, y compris les majorations pour heures supplémentaires, durée du travail, repos et congés payés, santé et sécurité, égalité professionnelle, protection de la maternité, remboursement des frais de transport, de repas et d'hébergement liés à la mission (article L. 1262-4, I).
Douze mois, puis presque tout le Code du travail
Au-delà de douze mois de détachement, l'employeur est soumis, à compter du treizième mois, aux dispositions du Code du travail applicables aux entreprises établies en France, à l'exception de quelques règles relatives à la conclusion et à la rupture du contrat (article L. 1262-4, II). Lorsque l'exécution de la prestation le justifie, une déclaration motivée adressée à l'administration avant l'expiration des douze mois permet de prolonger le régime initial de six mois au plus. En cas de remplacement d'un salarié détaché par un autre sur le même poste, les durées s'additionnent.
Le titre de séjour du salarié brésilien
Pour un ressortissant brésilien, le détachement suppose un titre de séjour adapté à la situation :
- Détachement intragroupe pour un poste d'encadrement supérieur ou une mission d'expertise, avec au moins six mois d'ancienneté dans le groupe : carte de séjour pluriannuelle « salarié détaché ICT », valable pour la durée du détachement dans la limite de trois ans, non renouvelable (CESEDA, article L. 421-26). Le conjoint et les enfants reçoivent la carte « salarié détaché ICT (famille) » (article L. 421-28).
- Détachement hors groupe, par exemple pour exécuter un contrat avec un client français : carte de séjour temporaire « travailleur temporaire », subordonnée à une autorisation de travail, délivrée pour la durée du détachement dans la limite d'un an et renouvelable (article L. 421-3).
- Mobilité intragroupe avec contrat français : si le salarié signe un contrat avec l'entité française après au moins trois mois dans le groupe hors de France, il relève de la carte « talent-salarié qualifié », d'une durée maximale de quatre ans, sous condition de rémunération (article L. 421-9, 3°). Il ne s'agit alors plus d'un détachement au sens du droit du travail.
Sur le plan fiscal, le salarié appelé de l'étranger par une entreprise établie en France, y compris dans le cadre d'une mobilité intragroupe, peut bénéficier du régime des impatriés de l'article 155 B du Code général des impôts, sous conditions, dont l'absence de domicile fiscal en France au cours des cinq années civiles précédentes. Ce régime exonère notamment la prime d'impatriation, ou sur option 30 % de la rémunération nette, jusqu'au 31 décembre de la huitième année suivant la prise de fonctions.
De la France vers le Brésil : le visa et la résidence fiscale
La loi brésilienne sur la migration prévoit un visa temporaire pour le travail (loi n° 13.445/2017, article 14, I, e). Le décret d'application distingue le travail avec lien d'emploi au Brésil et le travail sans lien d'emploi (décret n° 9.199/2017, article 38). Un salarié qui conserve son contrat français relève en principe du second cas, réservé à une liste d'activités : assistance technique ou transfert de technologie, formation professionnelle auprès d'une filiale ou d'une maison mère brésilienne, audit ou conseil de plus de quatre-vingt-dix jours, entre autres. Depuis le décret n° 12.657 de 2025, l'assistance technique de courte durée, dans la limite du séjour de visite, est rattachée au visa de visite pour affaires (article 29, § 3º). À l'inverse, l'embauche par l'entité brésilienne, c'est-à-dire un contrat local, ouvre le visa de travail avec lien d'emploi.
La résidence fiscale brésilienne dépend directement de cette distinction. Selon l'instruction normative SRF n° 208/2002, le titulaire d'un visa temporaire avec contrat de travail au Brésil devient résident fiscal dès son arrivée ; sans contrat de travail local, il le devient lorsqu'il totalise 184 jours de présence, consécutifs ou non, sur une période de douze mois. La résidence entraîne l'imposition au Brésil des revenus de source mondiale et la déclaration des avoirs détenus à l'étranger.
La sécurité sociale : l'accord franco-brésilien de 2011
L'accord de sécurité sociale entre la France et le Brésil, signé à Brasília le 15 décembre 2011, est en vigueur depuis le 1er septembre 2014. Son article 8 est la clé du détachement : le salarié envoyé temporairement par son employeur dans l'autre État reste soumis à la législation de l'État d'origine, et ne cotise donc pas dans l'État d'accueil, lorsque la durée prévue de la mission n'excède pas 24 mois, congés inclus. Si la mission se prolonge pour des circonstances imprévisibles, une prolongation de 24 mois au plus peut être accordée d'un commun accord entre les institutions compétentes des deux pays ; la demande doit être formée avant l'expiration de la période initiale. Un nouveau détachement du même salarié par le même employeur n'est possible que pour une fonction différente, et le détachement d'un salarié pour en remplacer un autre dont la mission s'achève n'est pas admis, sauf accord des autorités.
En pratique, l'employeur demande à l'institution compétente de l'État d'origine un certificat de détachement avant le départ. Côté France, c'est précisément l'information que réclame la déclaration SIPSI. Sans certificat, le salarié est affilié dans l'État d'accueil, et l'entreprise se trouve exposée à une double cotisation.
L'impôt sur le revenu : la règle des 183 jours de la convention de 1971
La convention fiscale franco-brésilienne du 10 septembre 1971 règle l'imposition des salaires à son article 15. Le principe : les rémunérations d'un emploi salarié sont imposables dans l'État où l'emploi est exercé. L'exception : elles restent imposables uniquement dans l'État de résidence du salarié si trois conditions sont réunies ensemble : le séjour dans l'autre État ne dépasse pas 183 jours au cours de l'année fiscale considérée, les rémunérations sont payées par un employeur qui n'est pas résident de l'État d'exercice, et leur charge n'est pas supportée par un établissement stable que l'employeur y possède.
Trois conséquences pratiques pour un détachement. D'abord, le décompte se fait par année fiscale, qui correspond à l'année civile dans les deux pays, et non sur une période glissante : le calendrier de la mission compte autant que sa durée totale. Ensuite, dès que le seuil est franchi ou que la rémunération est refacturée à l'entité d'accueil, l'État d'exercice impose le salaire, et c'est l'État de résidence qui élimine la double imposition. Enfin, la résidence elle-même peut basculer en cours de mission, selon les critères internes de chaque pays et l'article 4 de la convention. La question « qui paie le salaire, et où ? » commande donc à la fois l'impôt et, on l'a vu, le visa brésilien.
Le calendrier à tenir
- Avant le départ : choisir entre détachement et contrat local ; demander le visa ou le titre de séjour adapté ; obtenir le certificat de détachement de sécurité sociale ; pour une mission en France, déposer la déclaration SIPSI et désigner le représentant.
- Pendant la mission : suivre les jours de présence au regard du seuil de 183 jours et, au Brésil, des 184 jours de résidence fiscale ; vérifier que la rémunération reste supportée par l'employeur d'origine si l'on compte sur l'exception conventionnelle.
- À douze mois (France) : anticiper le passage au Code du travail dans son ensemble, ou déposer la déclaration motivée de prolongation avant l'échéance.
- À vingt-quatre mois : demander la prolongation du détachement de sécurité sociale avant la fin de la période initiale, ou organiser l'affiliation locale.
Le Cabinet Alves Fernandes Avocats, cabinet franco-brésilien dont l'avocat fondateur est inscrit au Barreau de Paris et à l'OAB, accompagne les entreprises et leurs services de ressources humaines dans les mobilités entre la France et le Brésil : choix entre détachement et contrat local, titres de séjour et visas, certificats de détachement, articulation de la convention fiscale de 1971, en français comme en portugais, avec un interlocuteur unique à Paris.
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Sources officielles
- Code du travail, articles L. 1261-3, L. 1262-1, L. 1262-2-1, L. 1262-3, L. 1262-4, L. 1264-3, R. 1263-3 et R. 1263-4-1 — Légifrance
- Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, articles L. 421-3, L. 421-9, L. 421-26 et L. 421-28 — Légifrance
- Code général des impôts, article 155 B ; BOFiP, BOI-RSA-GEO-40-10-10 et BOI-RSA-GEO-40-10-20 (version du 11 août 2025)
- Accord de sécurité sociale entre la France et le Brésil, signé à Brasília le 15 décembre 2011, article 8 ; en vigueur depuis le 1er septembre 2014 — CLEISS ; Decreto n° 8.300, de 29 de agosto de 2014 — Planalto
- Convention fiscale entre la France et le Brésil du 10 septembre 1971, articles 4, 15 et 22 — impots.gouv.fr
- Lei n° 13.445, de 24 de maio de 2017 (Lei de Migração), art. 14 ; Decreto n° 9.199, de 20 de novembro de 2017, arts. 20, 29 et 38, modifié par le Decreto n° 12.657 de 2025 — Planalto
- Instrução Normativa SRF n° 208, de 27 de setembro de 2002, art. 2º — Receita Federal