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Refus de visa long séjour : le recours en 30 jours, mode d’emploi

Un refus de visa de long séjour n’est jamais la fin du parcours. Depuis le 1er janvier 2023, sa contestation obéit toutefois à un calendrier bien plus serré qu’auparavant : trente jours, et non plus deux mois. Passé ce délai, le recours devient irrecevable, quelle que soit la solidité du projet. Voici la marche à suivre, étape par étape.

Un recours administratif préalable obligatoire, à peine d’irrecevabilité

Le refus opposé par un consulat français ne peut pas être attaqué directement devant le juge. L’article D. 312-3 du CESEDA impose un recours administratif préalable obligatoire (RAPO). Depuis le décret n° 2022-962 du 29 juin 2022, applicable aux décisions consulaires prises à compter du 1er janvier 2023, deux autorités distinctes se partagent cette compétence :

  • la Commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France (CRRV) pour les visas de long séjour (plus de 90 jours) ;
  • le sous-directeur des visas, au sein de la direction générale des étrangers en France, pour les visas de court séjour (Schengen, moins de 90 jours).

Les ressortissants brésiliens étant dispensés de visa pour les séjours de moins de 90 jours, c’est la CRRV qui constitue, en pratique, leur interlocuteur : refus de visa étudiant, salarié, passeport talent, visiteur, conjoint de Français ou de regroupement familial.

Ce passage est impératif. Un recours porté directement devant le tribunal administratif, sans RAPO préalable, sera rejeté comme irrecevable, sans examen au fond.

Le refus implicite compte aussi

Le silence gardé par le consulat pendant deux mois vaut décision implicite de rejet. Le délai de recours court alors à compter de l’accusé de réception de la demande de visa. Il est prudent de solliciter par écrit la communication des motifs : depuis le 1er novembre 2016, tous les refus de visa doivent être motivés.

Trente jours : le piège du nouveau calendrier

L’article D. 312-4 du CESEDA prévoit désormais que les recours administratifs doivent être formés dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision de refus de visa. Le délai antérieur de deux mois a donc été réduit de moitié.

La conséquence est brutale : un recours tardif est automatiquement rejeté, sans que les arguments soient même examinés. L’erreur la plus fréquente consiste à croire qu’un recours gracieux adressé au consulat suspendrait ou prolongerait ce délai. Il n’en est rien : il ne dispense pas de saisir la CRRV dans les trente jours. La prudence commande donc de former le RAPO dans les délais, quitte à compléter le dossier ensuite.

Forme et destinataire

Le recours s’adresse par lettre recommandée avec accusé de réception à la Commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, BP 83609, 44036 Nantes Cedex 1. Il doit être rédigé en français et signé par la personne visée par la décision, par un mandataire dûment habilité, ou par une personne justifiant d’un intérêt direct et certain à contester le refus.

Ce que peut — et ce que ne peut pas — la Commission

La CRRV dispose de deux mois pour se prononcer. Elle peut rejeter le recours. Lorsqu’elle y est favorable, elle ne délivre pas le visa elle-même : elle recommande aux ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur de l’accorder. Ces derniers ne sont pas liés par cette recommandation, ce qui explique que certains avis favorables ne débouchent pas sur une délivrance.

À défaut de décision explicite dans le délai de deux mois, le recours est réputé rejeté pour les mêmes motifs que la décision consulaire contestée. Cette précision est loin d’être théorique : elle détermine le terrain sur lequel se construira ensuite l’argumentation contentieuse.

Le contentieux devant le tribunal administratif de Nantes

Le tribunal administratif de Nantes détient une compétence exclusive sur les litiges relatifs aux refus de visa (article R. 312-18 du code de justice administrative). Le recours en annulation doit être introduit dans un délai de deux mois à compter de la notification du rejet du RAPO — ou de l’expiration du délai de deux mois valant rejet implicite.

Lorsqu’il fait droit à la demande, le juge annule la décision et peut, selon le motif retenu et au vu de la situation de droit et de fait à la date de sa décision, enjoindre à l’administration de délivrer le visa. En cas d’urgence, un référé-suspension reste ouvert, sous réserve d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Un contrôle restreint, donc une preuve décisive

Les autorités consulaires disposent d’un large pouvoir d’appréciation : elles peuvent fonder leur refus non seulement sur l’ordre public, mais aussi sur toute considération d’intérêt général. Le contrôle du juge est en principe restreint à l’erreur manifeste d’appréciation. Deux leviers sont, en pratique, déterminants :

  • La cohérence documentée du projet : ressources, hébergement, inscription universitaire, contrat de travail, attaches familiales et professionnelles, absence de tout détournement de l’objet du visa sollicité.
  • Les droits fondamentaux : au premier rang, l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui protège le droit au respect de la vie privée et familiale. S’agissant du conjoint de Français, le refus n’est admis que dans des hypothèses limitées : fraude, annulation du mariage ou menace à l’ordre public.

À noter enfin que le tribunal administratif de Nantes statue en premier et dernier ressort pour les litiges relatifs aux visas de court séjour : le jugement n’est pas susceptible d’appel, seul le pourvoi en cassation devant le Conseil d’État étant ouvert. Le décret n° 2025-714 du 28 juillet 2025 a poursuivi cet allègement procédural en matière de contentieux des visas de court séjour et de naturalisation.

Anticiper plutôt que réparer

Une large part des refus tient moins au fond qu’à la construction du dossier : pièces manquantes, ressources insuffisamment démontrées, incohérence entre la catégorie de visa sollicitée et le projet réel. Un dossier structuré en amont — avec la bonne qualification juridique dès le départ — réduit considérablement le risque de refus, et facilite le recours s’il devient nécessaire.

Vous avez reçu un refus de visa, ou vous préparez une demande sensible depuis le Brésil ? Le Cabinet Alves Fernandes Avocats, boutique franco-brésilienne établie 51 avenue Franklin Roosevelt à Paris (8e), accompagne les ressortissants brésiliens à chaque étape : audit du refus, rédaction du recours devant la CRRV, procédure devant le tribunal administratif de Nantes. Contactez le Cabinet Alves Fernandes Avocats sans attendre l’expiration du délai de trente jours.

Sources : articles D. 312-3, D. 312-4 et suivants du CESEDA ; article R. 312-18 du code de justice administrative ; décret n° 2022-962 du 29 juin 2022 ; décret n° 2025-714 du 28 juillet 2025. Cet article a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique.