Lors d’une vente aux enchères immobilières judiciaires, le coup de marteau du juge n’est pas la fin de l’histoire. Pendant dix jours, l’adjudication demeure fragile : un tiers peut surenchérir et emporter le bien, tandis que le défaut de paiement de l’adjudicataire peut déclencher une nouvelle vente. Comprendre cette phase de l’« après-adjudication » est décisif pour tout investisseur — en particulier étranger — qui souhaite sécuriser son acquisition en France.
L’adjudication ne rend pas immédiatement propriétaire
L’adjudication est prononcée à l’audience du juge de l’exécution (JEX) du tribunal judiciaire dans le ressort duquel se trouve l’immeuble saisi. Contrairement à une idée répandue, l’adjudicataire ne devient pas propriétaire définitif dès la chute du marteau : il ne le devient qu’à l’expiration du délai de surenchère de dix jours, sous réserve du paiement du prix.
Il faut rappeler le cadre d’accès à ces ventes. Le ministère d’avocat est obligatoire pour enchérir : selon l’article R.322-40 du Code des procédures civiles d’exécution (CPCE), les enchères sont portées par un avocat inscrit au barreau du tribunal judiciaire devant lequel la vente est poursuivie, et cet avocat ne peut être porteur que d’un seul mandat. Le particulier ne peut donc pas enchérir seul. Avant l’audience, l’avocat se fait remettre par son client une caution bancaire irrévocable ou un chèque de banque représentant 10 % du montant de la mise à prix, sans que cette garantie puisse être inférieure à 3 000 € (article R.322-41 CPCE). Cette somme est restituée dès la fin de l’audience aux enchérisseurs qui n’ont pas été déclarés adjudicataires.
La surenchère : un tiers peut relancer les enchères
Les conditions (articles R.322-50 et suivants CPCE)
Dans les dix jours qui suivent l’adjudication, toute personne peut former une surenchère « du dixième au moins du prix principal » — autrement dit, proposer un prix supérieur d’au moins 10 % à celui de l’adjudication. À peine d’irrecevabilité, cette surenchère doit être formée par acte d’avocat et déposée au greffe du juge de l’exécution dans ce délai. Le surenchérisseur doit lui aussi justifier de la garantie financière exigée pour enchérir. La surenchère existe pour protéger l’intérêt du débiteur saisi et des créanciers : elle permet de s’assurer que le bien n’a pas été adjugé à un prix manifestement trop bas.
Le déroulement de la nouvelle vente
Lorsque la surenchère est déclarée recevable, une nouvelle audience de vente est fixée et les enchères repartent sur la mise à prix augmentée de la surenchère. Si personne ne couvre ce nouveau montant, le surenchérisseur est lui-même déclaré adjudicataire. Un point technique mérite l’attention de l’investisseur : la surenchère sur surenchère ne vaut pas — on ne peut surenchérir qu’une seule fois. Pour un acheteur, cette mécanique se lit dans les deux sens : c’est une opportunité (entrer dans une vente dont la valeur a déjà été « révélée » à l’audience) autant qu’un risque (se voir reprendre un bien que l’on croyait acquis).
Le paiement du prix : des délais stricts
Une fois la vente devenue définitive, l’adjudicataire doit consigner ou payer le prix dans un délai de deux mois (article R.322-56 CPCE), auxquels s’ajoutent les frais taxés, les droits de mutation ou la TVA le cas échéant, ainsi que les frais préalables de la vente. Passé ce délai, le prix est majoré de plein droit des intérêts au taux légal jusqu’à complet paiement. Ce calendrier doit être anticipé dès avant l’enchère : le financement de l’opération ne peut pas être improvisé après le coup de marteau.
La réitération des enchères (ex-« folle enchère »)
Si l’adjudicataire ne règle pas le prix, les frais ou les droits dans les délais impartis, le bien est remis en vente sur réitération des enchères — l’ancienne « folle enchère » — en application des articles R.322-66 et suivants du CPCE. La demande peut émaner du créancier poursuivant, d’un créancier inscrit ou du débiteur saisi. Le greffe délivre un certificat constatant que l’adjudicataire n’a pas justifié du paiement, après une sommation de payer restée sans effet.
La sanction est lourde : l’adjudicataire défaillant reste tenu de la différence entre son enchère et le prix de la revente, lorsque celui-ci est inférieur — sans pouvoir, à l’inverse, réclamer l’excédent éventuel. Autrement dit, renoncer après avoir « gagné » l’enchère peut coûter très cher. C’est l’illustration la plus nette de la nécessité d’un accompagnement rigoureux, du calcul de l’enchère maximale au bouclage du financement.
Pourquoi l’accompagnement d’un avocat est déterminant
La chaîne enchère → surenchère → paiement → éventuelle réitération montre que l’avocat n’intervient pas seulement le jour de l’audience. En amont, il analyse le cahier des conditions de vente, vérifie la situation du bien (occupation, charges de copropriété, diagnostics, servitudes), organise la consignation et reçoit un mandat précisant l’enchère maximale. Le jour venu, il porte les enchères ; il peut ensuite former une surenchère ou, au contraire, défendre la position de son client face à une surenchère adverse.
Pour l’investisseur brésilien, ce cadre représente un accès privilégié au marché immobilier français, parfois à des biens décotés : puisque l’enchère par ministère d’avocat est la seule voie légale pour participer à une vente par adjudication, elle réserve de fait cet accès à ceux qui sont correctement accompagnés. Me André Alves Fernandes, avocat au Barreau de Paris, peut porter les enchères pour le compte d’investisseurs devant le tribunal judiciaire et sécuriser chacune de ces étapes.
Vous envisagez d’investir dans l’immobilier en France via les enchères judiciaires ? Pour évaluer un bien, définir votre stratégie d’enchère et sécuriser votre acquisition — de la mise à prix jusqu’au transfert de propriété —, contactez le Cabinet Alves Fernandes Avocats. Law beyond borders.

